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2009.07.04 Dans le cocon des enfants abandonnés : Mode d’emploi pour adopter un bébé

source : Le Quotidien

Le nombre d’enfants abandonnés et démunis reste encore important au Sénégal. C’est pourquoi deux structures, un orphelinat et une pouponnière luttent, à Dakar, contre ce phénomène. La Rescousse tenue par des musulmans et La Pouponnière des Sœurs franciscaines ont fait du secours à l’enfance abandonnée leur principal combat. Avec les limites qu’impose le manque de moyens.

Un bâtiment blanc et jaune non loin de la Police de la Médina. A l’intérieur, le calme s’installe entre les cris des bambins couchés au premier étage. L’établissement passerait inaperçu dans cette rue bondée, s’il n’y avait pas cette inscription : Pouponnière des Sœurs franciscaines. Dans un tout autre coin de Dakar, à la Liberté 6, dans une ruelle presque abandonnée, l’orphelinat La Rescousse accueille des enfants abandonnés ou en grande détresse. Ces deux institutions n’ont pas les mêmes objectifs, mais un sentiment commun : venir en aide aux enfants les plus démunis. Aïssatou Diagne, une Sénégalaise à l’allure dynamique et au regard plein de vie, est à l’origine du projet d’orphelinat en mai 2005. «Il y a six ans, j’ai eu un déclic. J’ai vu un nourrisson mort enlacé dans un sac en plastique. Ce bébé ne se trouvait pas n’importe où, il était devant chez moi», confie Aïssatou Diagne, directrice de La Rescousse. D’âge plus avancé, La Pouponnière de la Médina tenue par quatre sœurs franciscaines est fondée en 1955. En 1949, sur la demande du grand chef religieux musulman de Dakar, un groupe de sœurs s’insère en pédiatrie à l’hôpital Aristide Le Dantec et Chu. Le but premier de la fondation de la pouponnière fût de compléter le travail des services hospitaliers en intensifiant l’action commencée à l’hôpital. Par la suite, l’établissement évolue et répond à d’autres besoins, notamment les abandons d’enfants dans la rue. A l’orphelinat, le combat de Aïssatou Diagne pour venir en aide aux plus démunis remonte à l’enfance. «Depuis que je suis toute petite, je sais qu’il y a quelque chose à faire», raconte-t-elle, révoltée. Lors de ses nombreux voyages en Europe, aux Etats-Unis et au Canada (où elle a fait ses études), elle côtoie la misère. Un mal inacceptable pour cette croyante musulmane. «Dieu ne peut pas accepter cela ! Je me souviens encore d’un Sdf qui se couchait dehors à côté de mon hôtel. Même au Etats-Unis, ce pays si riche, la misère est bien présente». De retour au Sénégal, cette diplômée en agronomie s’investit logiquement dans le social.

Les abandons sont minoritaires
A la Pouponnière des sœurs franciscaines, les salariés et bénévoles vivent au rythme des biberons. «Pour voir les petits, il faut venir vers 10h30, avant qu’ils prennent leur biberon. Ensuite, ils vont dormir», explique sœur Justina De Miguel. Les box des bébés âgés de 0 à 8 mois se situent au premier étage. Au dessus des berceaux, des numéros pour les répertorier. Mais aussi des noms. Malgré le nombre croissant de pensionnaires, les bébés ont chacun une identité. Au deuxième étage, les plus grands stimulent leur agilité dans la salle de jeux. Le regard vif, ils guettent le moindre visiteur. Accompagnées de bénévoles, les religieuses s’activent auprès de ces 58 bébés que compte la pouponnière. Ces religieuses diplômées d’Etat et les six monitrices salariées s’occupent chaque jour de ces bambins âgés de 0 à 1 an. «La plupart de ces enfants sont confiés par leur père à la pouponnière, lorsque la mère est décédée. Ils sont pauvres et n’ont pas le temps de s’occuper de ces nouveaux nés. Exceptionnellement, nous accueillons des bébés dont la mère est malade et hospitalisée. Une fois la mère rétablie, ces enfants repartent. D’autres sont abandonnés, mais cela reste très minoritaire», précise sœur Justina de Miguel. 15% des enfants recueillis chaque année chez les sœurs franciscaines sont des orphelins. C’est le tribunal régional de Dakar qui confie les enfants retrouvés dans la rue à la pouponnière. Les autres enfants n’ont pas été abandonnés. Ils sont confiés aux sœurs, car la famille n’est plus en mesure de les prendre en charge. Ils retourneront dans leur foyer au bout d’un an. A l’entrée de la pouponnière, Clara*, la doyenne (1 an et demi) de l’établissement ne lâche pas les jupons de sœur Justina, terrorisée à l’idée de voir la sœur s’en aller sans elle. «Pour que le départ de ces enfants ne soit pas difficile, la famille garde contact avec son rejeton. La grand-mère, le père, parfois l’oncle viennent tous les dimanche après-midi leur rendre visite», confie sœur Hilda Graber. Du temps passé auprès de leur proche, dans la sérénité du jardin, situé à l’intérieur de la pouponnière. Ces quelques heures précieuses rendent la séparation d’avec le personnel de la pouponnière moins rude quand l’enfant doit retrouver sa famille. «Ils sentent le jour où ils doivent partir. La veille du départ, ils pleurent beaucoup», explique sœur Justina.

«President de la Republique»
Du haut du toit de taule de l’orphelinat, des frimousses d’enfants dépassent. La mine enjouée. Pleins de malice, ils accourent au moindre bruit des passants dans la rue. Au rez-de-chaussée, les plus petits se reposent dans leurs box. Deux jumeaux confiés à l’orphelinat dorment en toute quiétude. A l’abri des dangers de la rue. A côté d’un salon, où Aïssatou Diagne reçoit, dans le tonnerre des cris stridents de bambins. «Des fois, on n’arrête pas de les entendre. Ils font beaucoup de bruit», avoue-t-elle en souriant. L’orphelinat étant assez récent, ses infrastructures ne permettent pas d’accueillir plus de 25 enfants. Cette année, ils sont 21 âgés de 0 à 4 ans. «Nous avons signé une convention avec l’Etat. Une fois ici, les enfants y restent obligatoirement jusqu’à leur majorité.» Ils y reçoivent une éducation et une instruction. Au dernier étage, une classe de maternelle a été ouverte cette année sur financement du Crédit mutuel du Sénégal (Cms). En haut, l’enseignante qui dispense les cours élémentaires passe du temps avec les enfants. «L’objectif est de les préparer à devenir autonomes. Ils recevront une instruction laïque académique de qualité. Certains d’entre eux atteindront les hautes sphères de l’Etat. L’un d’entre eux deviendra peut-être président de la République !». A la différence de la pouponnière, La Rescousse ne veut pas seulement subvenir à leurs premiers besoins et les laisser partir. «Nous voulons être sûrs qu’ils ne dévieront pas du droit chemin par la suite. Si nous les aidons seulement au début de leur existence, nous ne savons pas ce qu’ils deviennent, ni ce que leurs familles en font», insiste la directrice. La création de deux autres classes est en projet, pour la suite de la scolarité de ces enfants. A la pouponnière, les enfants ne peuvent pas rester plus d’un an. Si la famille ne vient pas, l’établissement l’appelle. «La personne qui vient chercher le petit est celle qui l’a emmené le premier jour.» Quelques-uns sont confiés à SOS Village d’enfants à Dakar. Néanmoins, l’aide à la famille continue pendant deux ans. «La famille de l’enfant vient chaque mois ici pour recevoir les aliments nécessaires à l’enfant, le plus souvent du lait», précise sœur Hilda. Lorsqu’ils sont plus grands, certains reviennent à la Pouponnière saluer leurs «nourrices». Pour cause de handicap, la petite Clara sera confiée à une famille adoptive. «A cause de sa santé, elle n’est pas en mesure de retourner dans sa famille. Pourtant, confie sœur Justina, elle n’est pas si handicapée que cela. Elle capte beaucoup de choses.» Le président du tribunal régional de Dakar confie les enfants abandonnés à une famille sénégalaise ou étrangère qui fait une demande d’adoption. A la pouponnière, il y a peu d’adoptions. Dix-huit à vingt bébés sont adoptés chaque année. A l’orphelinat de Aïssatou Diagne, il n’y a aucune adoption, car la structure s’occupe de l’éducation complète de l’enfant jusqu’à ses dix-huit ans. «En général, c’est la Police ou les gens qui connaissent l’orphelinat qui amènent les enfants retrouvés dans la rue», précise la directrice. Le plus souvent, et comme à la pouponnière, ce sont les familles qui confient leurs enfants à La Rescousse. «Nous étudions les différents dossiers pour ne retenir que les plus urgents. Un bébé dont la mère est décédée et qui ne peut plus être alimenté en lait constitue un cas pressant. Le critère religieux ne représente pas une priorité pour retenir un dossier, même si ici, la quasi-totalité des enfants sont musulmans.» Les parents rendent visite à leurs rejetons une fois tous les deux mois, pour qu’à leur majorité, la réinsertion avec la famille soit moins compliquée. La Rescousse va encore plus loin. Sa directrice veut lutter contre les potentielles causes d’abandons d’enfants. L’association qui régit l’orphelinat a créé Assistance conseil femme en détresse. «Comment une femme peut-elle abandonner ou tuer son propre enfant ? Il y a bien un problème pour qu’elle passe à l’acte», s’insurge Aïssatou Diagne. Ce service est un moyen pour certaines femmes de faire part de leurs soucis. «Beaucoup de bonnes quittent les villages pour rejoindre Dakar. Souvent, elles sont obligées de se prostituer pour gagner plus d’argent. Des enfants naissent et elles n’ont pas les moyens de les garder ou elles ne savent pas quoi en faire.»

Moyens dérisoires
Pour les deux structures, la difficulté majeure réside dans la subsistance financière. A l’entrée de la pouponnière, des cartes fabriquées gratuitement par des artistes sont exposées dans le hall d’entrée. Les dessins illustrent la vie, l’espoir, la tendresse. Sur l’une d’elles, une femme allaite son petit. Sur une autre très colorée, une femme tient deux enfants par la main. Chez les sœurs franciscaines, le leitmotiv de l’espérance est plus que présent. Pourtant, la vente de ces cartes est insuffisante pour financer tous les besoins de la Pouponnière. Selon sœur Justina, «l’essentiel de l’argent provient de dons privés (particuliers, fondations et entreprises). Le Nonce apostolique (représentant du Vatican au Sénégal) apporte très peu d’aide financière. Les parents qui laissent leurs enfants pour une durée d’1 an sont pauvres et ne peuvent subvenir aux besoins de leurs rejetons. L’Etat sénégalais alloue chaque année des subventions, mais elles ne suffisent même pas à payer l’électricité». Chaque année, la pouponnière fait une demande manuscrite de subventions à l’Etat. Ces apports financiers varient. Ils sont de l’ordre de 15 millions de francs Cfa. A La Rescousse, Aïssatou Diagne rencontre les mêmes difficultés. L’Etat ne donne aucune subvention. «La mairie nous donne quelques sacs de riz, mais ce n’est pas suffisant. Les principales rentrées proviennent des cotisations de l’association, de membres bienfaiteurs et des dons privés. L’Ong Human appeal international vient en aide aux orphelins. Elle a donné 15 000 francs Cfa à six orphelins». En revanche, les charges de fonctionnement sont élevées. La Rescousse compte huit salariés rémunérés dont une enseignante qui dispense les cours élémentaires. Quant à La Pouponnière, elle rémunère cinq salariés. Le personnel des deux établissements comprend des infirmières et des aides soignantes. Un médecin consulte les enfants une fois par semaine. A la Pouponnière, les six monitrices qui prennent en charge les enfants ont été formées au foyer Maria Goretti grâce à des cours théoriques et pratiques sur les techniques de soins aux bébés. Les deux établissements reçoivent également des stagiaires étrangères. Mais à la Pouponnière comme à La Rescousse, le nombre de bénévoles est irrégulier. Pour parvenir à leur objectif ultime : redonner de l’espérance aux enfants dans le besoin, les deux structures devront encore compter sur un soutien plus massif de l’Etat, des organismes privés et des particuliers.

* Le nom a été changé.

La pouponniere de Médina en chiffres

- De 1955 à 2008, 4 027 bébés y ont été accueillis dont :
- 3 13 orphelins et cas sociaux
- 512 adoptés et en voie d’adoption
- 102 décès
- Les poupons pèsent rarement plus de 2,5 kg

Par Elise KERGAL


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